Et si on avait vraiment à sauver des vies?
- Maxime Boilard
- il y a 11 heures
- 6 min de lecture
Dans ce post, je vous emmène dans les coulisses d'une toute nouvelle expérience de développement CANU: la simulation de sauvetage!
L'offre de CANU s'est développée pendant près de 20 ans grâce à la rencontre entre les besoins de nos clients, notre expérience et notre imagination. Notre collaboration avec EO Québec, un chapitre local d'Entrepreneurs' Organization, l'illustre bien.
"On ne sauve pas des vies..."
On a plusieurs clients qui tentent de dédramatiser les situations du boulot en se disant qu’eux, ils ne sauvent pas des vies. Il y a quelques années, j'explorais la possibilité de faire vivre l’expérience sur l’eau de CANU à des participants aux programmes de leadership à l'Université Wharton. Ils ont un partenariat avec le Fire Department de la ville de New York qui leur fait vivre quelque chose de significatif en mode simulation. L'opportunité ne s'est pas matérialisée, mais l’idée d'une simulation de sauvetage m’était restée en tête.
Créer une expérience intense pour des entrepreneurs motivés
EO Québec nous avait confié le design de sa retraite annuelle pour une vingtaine de ses membres. Marie-Andrée, notre cliente, nous disait que c’était un groupe d'entrepreneurs à challenger constamment pour maintenir leur intérêt. Les attentes étaient élevées.
Quand on travaille avec une équipe, notre philosophie c’est d'offrir un minimum de challenge expérientiel pour générer le maximum de réflexions et de liens avec la réalité du quotidien, parce que la valeur se trouve dans l'intégration dans le quotidien. Les 20 entrepreneurs de EO montrant une grande ouverture à l'introspection et une volonté d'être déstabilisés, nous avions l’occasion de pousser la note au niveau du défi expérientiel tant en complexité qu'en termes d'activité physique, et c'est ce que nous avons fait. Nous nous sommes assis avec notre ami Sébastien Lapierre, que plusieurs d’entre vous avez rencontré comme accompagnateur dans nos sorties sur l’eau. En plus d'être un aventurier aguerri, il est également pompier spécialisé dans les sauvetages nautiques.
Guidés par l'expertise et les judicieux conseils de Sébastien, nous avons scénarisé un sauvetage fictif à réaliser sur un terrain de près de 2 km au Lac Beauport, au départ d'Entourage-sur-le-lac jusqu'en haut de la montagne, dans la forêt derrière le club nautique. Nous avons imaginé des victimes en immersion dans l'eau, d'autres blessées, certaines confuses; des contraintes de sécurité plus ou moins fidèles à ce que doivent respecter les véritables sauveteurs; un briefing partiel laissant place à beaucoup de suppositions et d'interprétations.
Quand nous avons partagé ce plan à Marie-Andrée, elle était ravie et partante! (À postériori, je réalise qu'elle ne s'attendait certainement pas à jouer elle-même un rôle crucial au déroulement de cette simulation en se faisant placer dans le poste de commandement par ses collègues entrepreneurs...)
Préparer et vivre la simulation en conditions hivernales
Le matin du 2e jour de notre retraite avec EO, à 6h30, Nadine nous dépose en voiture au Club Nautique, Félix et moi, avec nos traîneaux, nos raquettes et nos 7 "victimes" (des poches de sables de 20 kg). Nous préparons la mise en scène en ce matin frisquet de février. La vidéo suivante présente notre état d'esprit une fois les artefacts positionnés:
De retour à l'hôtel, nous rejoignons les entrepreneurs qui ne se doutent pas de ce qu'ils s'apprêtent à vivre. Sébastien présente les tenants et aboutissants d’une expérience de sauvetage en eaux glacées. Les participants deviennent excités en comprenant ce qui s'en vient. Nadine explique les paramètres du jeu de simulation pour les aider à se préparer. L'énergie s'intensifie.

Qui sera dans le QG? Qui seront les sauveteurs, les assureurs et les paramédics? Comment tout ce monde-là va s’organiser pour réussir la mission de sauvetage? La confusion et l'incrédulité s'installent...
Et sans plus d'explications, le chronomètre démarre: la simulation est lancée!
"On sauve des vies !"
Quand un sauveteur repérait une “victime”, il devait téléphoner au numéro indiqué pour recevoir de l'information. Nadine parlait pour la victime, donnant des indices sur la condition de la personne (voir vidéo ci dessous):
Et ensuite s'organisaient les efforts de sauvetage (voir vidéo ci-dessous):
Sur les sept "victimes", six ont pu être sauvées par le groupe. On pourrait conclure que l'opération sauvetage a échoué. Mais comme c'est l'apprentissage que nous visions, on peut affirmer sans aucun doute que l'opération a parfaitement réussi.
La partie payante: le debriefing
À la fin du chronomètre, au retour à Entourage-sur-le-Lac, Félix et Sébastien se sont alignés pour offrir des reflets et faciliter un riche débriefing. Les participants ont pu dresser plusieurs parallèles frappants entre ce qu'ils venaient d'expérimenter, la gestion d'entreprise et leur vie quotidienne.
La gestion de l'information et la communication
Le danger des suppositions : Les participants ont remarqué qu'ils partageaient parfois de mauvaises informations sans les vérifier et qu'ils ne s'adaptaient pas toujours pour aller chercher les nouvelles données lorsque la situation évoluait.
Le filtre de l'information sous l'effet du stress : Dans l'urgence de l'action, l'équipe a ignoré des indices cruciaux (comme un enfant qui crie « papa papa papa ») parce qu'ils n'étaient pas habitués à décrypter ce type de message. Cela a mis en évidence le fait qu'en entreprise, ignorer ces signaux non conventionnels ou faibles peut avoir de graves conséquences, comme l'épuisement professionnel d'un employé.
Partager « l'histoire dans sa tête » : Si un leader a un plan en tête mais ne l'explique pas à son équipe, les membres ne comprennent pas le « pourquoi » des directives et peinent à se mettre en action. Il est essentiel de partager sa vision et d'aller chercher la perspective des autres pour obtenir une donnée complète et valable.
Le leadership et l'enfermement dans les rôles
Le leadership comme posture, et non comme titre : La simulation a prouvé que le leadership de terrain peut émerger de n'importe qui, peu importe son rôle officiel. Une personne s'est imposée naturellement pour diriger les recherches parce que la situation l'exigeait, démontrant que l'essentiel est la manière et le ton avec lesquels on rallie l'équipe.
Oser challenger le plan : Les participants ont réalisé que face à un leader, les gens n'osent pas toujours remettre en question les directives. Un apprentissage majeur est la nécessité, pour un dirigeant, de créer une culture où l'équipe est à l'aise de le « challenger ».
Le piège de son propre rôle : S'isoler strictement dans les limites de son rôle assigné a empêché certains de suivre leur intuition et de communiquer leurs doutes au reste de l'équipe, allant jusqu'à se déresponsabiliser par peur de déranger.
La gestion du stress, des priorités et le recul
L'effet tunnel et l'oubli de la planification : Face au chronomètre, le stress a rendu les participants moins à l'écoute et leur a fait oublier des informations primordiales données lors du briefing initial (comme les stades critiques de survie dans l'eau) ainsi que des règles de sécurité de base.
L'équilibre entre l'urgent et l'important : La simulation a rappelé le combat quotidien des dirigeants : il est difficile de sortir de l'urgence pour se concentrer sur l'important, mais sans planification, l'équipe perd en performance. Toutefois, il a aussi été souligné qu'un plan qui n'est pas parfait, mais qui permet de régler la situation et de « sauver les meubles », s'avère parfois bien suffisant.
Assumer ses besoins pour mieux diriger : Submergée par les demandes de tous, une leader a compris qu'elle aurait dû exprimer son besoin de prendre deux minutes de pause pour laisser son cerveau se replacer et se recentrer, plutôt que d'absorber le stress au détriment de ses directives. L'apprentissage de prendre un pas de recul, de ne pas réagir de manière impulsive et de respirer après un choc est revenu à maintes reprises. Il ne s’agit pas de porter seul un poids impossible, ni de se transformer en sauveur. Il s’agit de ne plus faire comme si nos décisions, nos rythmes et nos silences étaient neutres.

Nos apprentissages en tant que coachs
Nous sommes tellement fiers d'avoir pris le risque de sortir nous-mêmes de notre zone avec cette aventure, qui a demandé le meilleur de chacun de nous.
L’expertise de sauveteur de Sébastien nous a permis de créer quelque chose de réaliste et d’arriver devant nos clients avec confiance et crédibilité. Les bonnes pratiques que j'ai développées en emmenant des équipes sur l'eau depuis 20 ans nous ont guidés pour les grandes lignes du scénario. Les talents de Nadine ont contribué à donner vie à la simulation, avec des cartes géographiques et des photos représentatives aidant à faire comprendre de quoi il s’agissait. Et le regard de coach de Félix a favorisé la prise de conscience des participants en proposant de bonnes questions de réflexion.
Le niveau de profondeur des apprentissages des participants a été similaire à ce que génère l’expérience sur l’eau que nous pratiquons depuis près de 20 ans. Le succès de l'activité et le plaisir que nous avons eu à l'animer nous ont donné envie de répéter la magie. C’est pour tenir ce genre de conversations — avant que la pression ne fasse des dégâts irréversibles — que nous accompagnons des leaders et des équipes.
C'est donc avec une grande joie que nous intégrons dorénavant cette expérience aux programmes de nos clients désireux de sortir des sentiers battus, de vivre de l'intensité et de faire les apprentissages nécessaires pour aller au prochain stade de leur développement.
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